Chantiers à l’arrêt
Abandon de chantier en Île-de-France : les 15 premiers jours

Dans les quinze jours qui suivent le dernier passage de l’entreprise, fixez par écrit l’état du chantier et sa date. Mettez ensuite l’entreprise en demeure de reprendre, avec un délai chiffré. Sécurisez enfin ce qui se dégrade, l’eau et la structure d’abord. Le reste attend sans perte.
L’essentiel
- Aucun texte ne fixe de durée au-delà de laquelle un chantier est « abandonné » : l’abandon se prouve par un faisceau dont la date de la dernière intervention est la pièce centrale.
- Le constat passe avant la mise en demeure quand les deux sont possibles, parce qu’un constat postérieur à la lettre ne prouve plus l’état du chantier au moment de la demande.
- Une mise en demeure sans délai d’exécution chiffré ne fait courir aucun délai, et le point de départ est la première présentation du recommandé.
- Si l’entreprise est en procédure collective, l’ordre s’inverse : la déclaration de créance, dans les deux mois de la publication au BODACC, passe devant tout le reste.
Périmètre Cette page s’adresse au maître d’ouvrage privé, particulier ou copropriétaire, dont le marché a été signé avec une entreprise établie en Île-de-France. Elle ne traite ni les marchés publics, ni le contrat de construction de maison individuelle, ni les chantiers hors d’Île-de-France ; quand l’entreprise a déposé le bilan, la marche à suivre est celle décrite dans entreprise de travaux en liquidation.
À partir de quand un chantier est-il juridiquement abandonné ?
Il n’existe pas de seuil. Ni le code civil ni aucun texte réglementaire ne dit qu’un chantier est abandonné au bout de quinze jours, d’un mois ou de trois mois. Ce que vous démontrez, c’est une inexécution : l’entreprise s’est engagée à exécuter des travaux, elle ne les exécute plus, et vous l’avez mise en demeure de reprendre sans effet. La qualification se construit sur le fondement de article 1231-1 du code civil.
Cette absence de seuil a une conséquence directe sur votre conduite. Puisque rien ne se déclenche tout seul, c’est votre traçabilité qui fait la démonstration : la date du dernier passage, les relances écrites et leurs dates, les réponses ou leur absence, et l’état du chantier constaté à une date. Un dossier qui contient ces quatre éléments tient. Un dossier qui repose sur le sentiment que « ça fait des mois » ne tient pas.
Le délai de quinze jours retenu ici n’est donc pas un délai légal, c’est une fenêtre pratique. Passé deux semaines sans intervention ni réponse à une relance écrite, l’hypothèse d’un simple aléa de planning devient difficile à soutenir, et le coût de l’attente commence à dépasser celui des démarches.
Que faire les cinq premiers jours ?
Trois actions, dans cet ordre. La première est documentaire : relevez la date de la dernière intervention, celle de votre dernier paiement, et rassemblez le marché, les devis, les factures, les attestations d’assurance et l’intégralité des échanges écrits. Ces pièces ne se retrouvent plus aussi facilement six mois plus tard, et toutes les démarches suivantes s’y adossent.
La deuxième est une relance écrite datée. Un courriel suffit à ce stade : il installe la chronologie et prive l’entreprise de l’argument selon lequel elle n’aurait jamais été informée d’une difficulté. Écrivez les faits, pas l’exaspération — ce document sera lu par un tiers.
La troisième est la mise en sécurité de ce qui se dégrade. Un ouvrage laissé ouvert continue de produire des désordres, et cette aggravation devient rapidement impossible à imputer. L’eau vient en premier : une couverture déposée, une étanchéité non reprise ou une tranchée ouverte contre un mur enterré causent en quelques semaines des dommages sans rapport avec le montant du lot concerné. L’électricité et la stabilité viennent ensuite.
Ce que la mise en sécurité n’est pas
Elle ne consiste pas à faire achever les travaux par quelqu’un d’autre. Toute intervention qui va au-delà de la protection efface une partie de la preuve de ce que la première entreprise a laissé. Si une intervention d’urgence est indispensable, faites-la précéder de photographies datées et, quand c’est possible, d’un constat.
Faut-il faire établir un constat, et à quel prix ?
Le constat de commissaire de justice est la pièce la plus solide dont vous puissiez disposer, parce qu’il décrit l’état du chantier à une date par un tiers assermenté. Sa force tient à son antériorité : établi avant la mise en demeure, il fixe l’état sur lequel porte votre demande ; établi après la reprise par une autre entreprise, il ne prouve plus rien de ce que la première a laissé.
L’arbitrage se fait sur le montant en jeu. Un constat a un coût et un délai de prise de rendez-vous, et il n’a pas de sens quand ce coût approche la somme que vous cherchez à récupérer. Dans cette hypothèse, un relevé écrit lot par lot, accompagné de photographies datées et adressé à l’entreprise par recommandé, constitue une preuve moins forte mais proportionnée — et surtout immédiate.
Les tarifs des constats de commissaire de justice relèvent d’un tarif réglementé, révisé par arrêté. Ce site ne publie pas de fourchette de prix qu’il n’a pas relevée lui-même : le barème francilien en cours de constitution portera, pour chaque valeur, le nombre de devis agrégés, la zone et la date de collecte.
Comment rédiger la mise en demeure ?
Elle porte trois éléments et elle échoue s’il en manque un. La référence du marché et sa date, d’abord, qui rattachent la demande à un engagement précis. La désignation des travaux restants ensuite, lot par lot : écrire que « les travaux ne sont pas terminés » laisse toute la place à la discussion, écrire quels lots sont ouverts et à quel stade la referme. Le délai d’exécution enfin, chiffré en jours.
Le point de départ mérite d’être compris avant d’écrire. Ce n’est ni la date portée en tête de lettre, ni celle du dépôt : c’est la première présentation du recommandé. Conservez l’avis de passage et l’accusé de réception, qui en sont la preuve, et reportez cette date dans votre dossier dès que vous la connaissez.
Le délai à retenir se déduit du travail restant. Une reprise de finitions se demande sur un délai court ; une reprise de gros œuvre suppose une remobilisation de moyens, et un délai manifestement intenable offre à l’entreprise l’argument de l’impossibilité matérielle. C’est la désignation lot par lot qui rend le délai défendable.
Et si l’entreprise a déposé le bilan ?
L’ordre des priorités s’inverse. La mise en demeure perd son objet, puisque le sort du marché en cours relève de l’administrateur ou du mandataire judiciaire, et votre seule démarche à délai fermé devient la déclaration de créance : deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC, sur le fondement de article L622-24 du code de commerce.
Ce délai vous est opposable même si personne ne vous a prévenu, et c’est ce qui en fait le piège le plus coûteux de la séquence. Vérifiez donc l’état de l’entreprise avant d’écrire, pas après : une lettre recommandée adressée à une société en liquidation n’ouvre rien et consomme le seul temps dont vous disposez pour déclarer.
Quel tribunal, si le dossier va jusque-là ?
La compétence dépend de la nature du litige et de la situation de l’entreprise. Un litige contractuel avec une entreprise en activité ne se traite pas devant la même juridiction qu’une créance déclarée dans une procédure collective, laquelle relève du tribunal qui a ouvert la procédure. En Île-de-France, les ressorts de Bobigny, Nanterre, Créteil, Pontoise, Versailles, Evry, Melun et Paris se répartissent les communes.
Ce site décrit les procédures, leurs délais et leurs points de départ. Il ne dit pas quelle juridiction est compétente pour votre dossier, ne rédige aucun acte et n’annonce aucune issue. Dès que la question devient celle de votre stratégie, l’interlocuteur est un avocat ou l’ADIL de votre département.
À lire ensuite
Les articles du dossier « Chantiers à l’arrêt » développent chacune des étapes décrites ici. Ils paraissent au rythme de trois à quatre par mois.
- Mise en demeure d’une entreprise de travaux : délais et effets — ce que la lettre déclenche, et ce qu’elle ne déclenche pas.
- Constat d’un chantier à l’arrêt : coût et délai en Île-de-France — quand le constat vaut sa dépense, et quand il ne la vaut pas.
- Acompte versé, chantier jamais ouvert : les recours possibles — la démonstration quand il n’y a rien à constater sur place.
- Litige de chantier : quel tribunal judiciaire en Île-de-France — la compétence par ressort, sans conseil sur un dossier.
Journal de mise à jour
- — Première publication du dossier.